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Le village et le château du Poët-Célard, dans la Drôme, forment un "castrum" peu connu bien que caractéristique de l' habitat perché méditerranéen. L'ADCAVL (association drômoise chantiers, animations et vie locale) -issue du même courant que l'association "Maisons paysannes d'Alsace"- se consacre depuis 20 ans avec tenacité à la consolidation, à l'animation et à la valorisation de ce site. Avant de s'engager dans une nouvelle étape, l'association a bien voulu m'associer à la réalisation d'une étude minutieuse, dont les premiers résultats sont livrés ici, dans l'espoir qu'ils susciteront des réactions et des compléments, les informations sur le château et le village étant encore lacunaires.
Cet article abordera les points suivants:
1) la commande- première immersion dans le site
A) La commande
L’Association « Association drômoise chantiers, animations, et vie locale » (ADCAVL) a bénéficié du concours providentiel d’une mécène mulhousienne, Madame Anne Muller. Ce concours inespéré, alors que l’association était la veille de renoncer au montage d’un projet fort sur ce site qu’elle consolide et fait vivre depuis 1986, permet de relancer à la fois la réflexion sur le devenir du site et les travaux. Mes liens d’amitié avec André Arnera, directeur de l’association, et mes affinités pour la Drôme, m’ont conduit à accompagner cette nouvelle démarche à partir de février 2007. Ce chantier me permet de renouer avec le thème du castrum, que j’avais effleuré lors de travaux à Cruas en Ardèche au début des années 1970. Aussi, je remercie le maître d’ouvrage et les acteurs tant de l’association que du village du Poët-Célard, son maire Jean-Louis Hilaire en tête, de me donner cette opportunité d’interroger avec eux l’histoire d’un site complexe.
B) Présentation sommaire du site et problèmes d’interprétation
Lors de notre première visite approfondie du site en février 2007, nous avons voulu formaliser les questions auxquelles les enquêtes historiques, archéologiques et ethnographiques allaient devoir apporter des réponses.
Figure 1 : vue du front est du site
Le site fortifié de sommet représente 90 m dans la plus grande longueur et 60 m au plus large. La rampe d’accès, accès unique qui se fait par la traversée du village, se place sous le contrôle de la barbacane, avant de grimper face à l’entrée voûtée et couverte.
Fig 2 : entrée, à droite « salle de garde » avec cheminée en saillie sur l’extérieur (A sur le plan)
Passée la voûté d’entrée, la rampe vire à gauche à 90° pour rejoindre à l’autre extrémité du site la vaste esplanade de la chapelle (ancienne église Sainte-Foy).
Figure.3 :rampe vers la porte d’entrée vue depuis son point le plus élevé, entre la porte (non visible sur la photographie, masquée par le soutènement de terrasse à droite) et l’esplanade de la chapelle. La porte voûtée au fond donne sur la « salle de garde » située dans la barbacane
La rampe partage ainsi le site en deux parties : au sud (droite de la photographie) un système de terrasses, à droite la masse des logis seigneuriaux actuels. Le niveau moyen des terrasses correspond peu ou prou au premier étage des logis seigneuriaux, leur rez-de-chaussée (mis à part les caves) n’étant accessibles que du côté nord, après les avoir totalement contournés.
Figure 4 : accès au rez-de-chaussée du logis C et grande arche murée donnant sur un passage entre le logis A (à gauche) et les logis C et B.
Ainsi, le logis seigneurial ne s’ouvre-t-il sur l’extérieur, par des portes et fenêtres, qu’au terme d’un parcours en chicane qui fait le tour complet de cette masse de bâtiments.
Le système des terrasses, qui occupe la moitié sud de l’enceinte, comporte 8 plateaux de dimensions variables, desservis par des escaliers et essentiellement une ruelle qui prend naissance sur la rampe centrale (« calade »). L’arasement ou le relèvement des murs et parapets des terrasses ne permet aujourd’hui aucune interprétation sur les fonctions des espaces ou des bâtiments qui y prenaient place.
Le site apparaît dans son ensemble complexe, et difficile à lire compte tenu de ses changements d’affectation successifs et des travaux qui y ont été menés au cours des quatre dernières décennies.
Une campagne de travaux ambitieuse étant à présent envisagée, nous nous sommes fixés l’objectif de comprendre la structure historique et fonctionnelle du site, affleurant sous son aménagement actuel et le mode d’habitat qui en résulte.
Figure 5 : la rampe sépare le site en deux partie : les logis seigneuriaux au nord et les terrasses au sud.
Figure 6 :niveau 115,30 m +-0,20 m. En rouge le noyau (« tour) autour duquel se sont développés les logis.
Nous constatons que les logis seigneuriaux et la chapelle sont établis sur une plate forme à une altitude de 115,30 m (+-0,20 m). Au cœur des logis, nous localisons une tour d’environ 7,50 x 10 m de côté (extérieur), dont subsistent deux murs en appareillage régulier (XII-XIIIe s. ?) Le premier niveau de cette tour, partiellement plein, vient peut-être englober un rocher. Le logis A est venu intégrer ce noyau en l’étendant vers le Sud et l’est, probablement tardivement (Renaissance).
La tour a probablement coexisté un premier temps avec un ou plusieurs logis (B ou C) autonome, ménageant une circulation ouverte entre l’habitation et la tour défensive. Cette circulation a été couverte et intégrée lors d’une ultime phase de réunion et de lissage architectural de cet ensemble composite de bâtiments successifs. Il est possible que cette circulation a, pendant un certain subsisté en tant que communication entre les façades nord et sud des logis ; cette communication traversante n’aurait alors été occultés qu’au moment de la conversion du fossé en rampe d’accès vers l’esplanade de la chapelle : à partir de ce moment, logis et terrasses se sont retournés dos à dos, et l’organisation du site a changé de logique.
La partie construite sur voûte du bâtiment « la baronne » est également appareillée de façon régulière et soignée en soubassement intérieur, la voûte peut avoir été jetée postérieurement.
C) Définition du périmètre de la première étude
A l’issue de cette première analyse, plusieurs constats se sont imposés et ont donné la direction de la suite des recherches.
Le site est en général peu parlant. Exploité au XXe siècle comme carrière de matériaux précieux (encadrements de portes et fenêtres, charpentes, cheminées), il a été littéralement déshabillé. Deux maîtres d’ouvrage successifs y ont conduit des travaux à partir des années 1960. Ces travaux ont eu le mérite de stopper l’avancement de la ruine, et de permettre au site de retrouver une animation, des activités et une utilité. Néanmoins du fait du changement de maîtres d’ouvrage, il manquait une vue d’ensemble et quelques éléments utiles à la lisibilité du bâti ont été brouillés. Ces travaux des dernières décennies sont pour l’instant, faiblement documentés.
A l’exception de la monographie de Jean-Noël Couriol, le site n’a pas non plus été étudié et il ne fait l’objet que d’une mention laconique dans un excellent ouvrage de référence récent[1] : « château médiéval restauré aux XVIe- XVIIe siècles, abandonné au XVIIIe siècle et restauré à nouveau au XIXe siècle ».
Au point de vue des relevés, on dispose de ceux dressés par :
- la classe de 1ère du B.T. topo du Lycée professionnel du bâtiment et de travaux publics Bron, daté du 14 avril 2001
- les relevés du cabinet d’architecture ARIES (2003-2004),
étant précisé que les cotes altimétriques de ces relevés résultent d’un niveau 100 arbitraire.
Il manque bien sur un relevé et une couverture photographique exhaustifs. Les uns et les autres ne m’en voudront pas, je l’espère, de m’être, pour le moment, appuyé sur leurs relevés.
Le maître d’ouvrage était, au vu de cette documentation lacunaire, faiblement armé pour aborder la conception du programme de revitalisation des lieux et des travaux au service de cet objectif. C’est pourquoi nous avons lancé une campagne d’investigations en trois volets :
A) enquête ethnologique
Celle-ci est fondée sur la collecte d’informations des anciens du village, concernant l’occupation traditionnelle du site. La zone dite des terrasses était cultivée (sans autre accès que la porte voûtée) et il est plus que vraisemblable que jusqu’à une période récente des structures d’habitations paysannes devaient être visibles. L’ensemble des connaissances encore disponibles devrait être réuni, sous forme de transcription d’entretiens, restituées par un rapport exhaustif, une publication et un film. L’enquête est nécessaire à la connaissance globale du site et à la transmission/évolution du patrimoine immatériel dont il est le support. Elle donnera des indications précieuses sur le dernier état traditionnel du site, qui pourront nourrir les travaux, les aménagements et la « mise en histoires » du lieu.
Cette enquête doit être conduite par un professionnel, connaissant l’ancienne société paysanne et le pays.
B) enquête socio-culturelle
Elle doit collationner tous les éléments afférents à la deuxième vie du site, depuis son achat par SLEA: représentations du site et de son imaginaire, utopies, réalités vécues des travaux et des aménagements, afin là aussi d’établir le bilan affectif et mémoriel de cette phase : ce qui aidera le cas échéant à faire resurgir les bonnes idées oubliées ou « ensablées » et le cas échéant favorisera la reprise voire la démolition de certains travaux, en évitant de donner à penser à leurs auteurs qu’ils ont travaillé en vain.
C) Enquête archéologique et historique
Les relevés existants, de bonne qualité, sont à compléter et enrichir de façon à fixer très précisément l’état des lieux et de permettre l’analyse de ses phases successives de construction et de modifications. Ces relevés sont déroulent dans le cadre d’un atelier in situ ouvert au public. Ils sont réalisés en interaction avec des micro- travaux de dégagements de certaines structures aujourd’hui illisibles (exemple le passage entre les deux corps principaux de logis est recouvert de placoplâtre et ne peut être analysé en l’état).
En parallèle, rechercher des données figurées anciennes, si possible photographies anciennes, et impérativement le cadastre napoléonien (ensemble du village et castrum).
En fonction des résultats de cette première campagne de recherche, des sondages ponctuels peuvent s’avérer nécessaires : prévoir le moment venu les démarches administratives de rigueur.
Cette démarche, ainsi que la définition du programme, ont fait l’objet de séances de travaux, du 5 au 11.02, le 24.03, le 11.04, du 15 au 17.05 et enfin le 16.06 2007.
Ce rapport d’étape a pour but d’organiser et de présenter les données collectées, de les offrir à la critique et à l’enrichissement, et de préparer la prochaine phase d’investigations sur site au courant de l’été 2007.
2) Le château sous l’ADCAVL : le témoignage d’Andre Arnera
« En 1986, lorsque l’association a été contactée par la Conseillère Générale du Canton de Bourdeaux, Madame CHANCEL, Vice Présidente chargée des Affaires Sociales et mise en relation avec l’association propriétaire du château (la SLEA), l’ADCAVL :
- gérait et animait le centre de Sainte-Croix (près de Die), ancien Monastère, depuis novembre 1981,
- disposait d’une maison dans le centre ancien de Bourdeaux (quartier de la Viale),
- organisait des chantiers internationaux de jeunes (jeunes à partir de 18 ans et un ou deux chantiers pour adolescents),
- l’ADCAVL était à ce moment là membre de la Section des Jeunes du Mouvement Chrétien pour la Paix (et ce jusque vers 1989), Mouvement de Jeunesse et d’Education Populaire né après guerren non confessionnel mais d’inspiration protestante, aujourd’hui nommé Solidarités Jeunesse.
La contractualisation avec l’association propriétaire du château s’est faite sous forme de convention, organisant le fonctionnement du partenariat, la SLEA prenant en charge un encadrement technique à mi temps (ce fut Michel TILLARD, artisan à Saou pendant 5 ans) et les matériaux, l’ADCAVL ayant à charge de faire vivre ce lieu sur la base de ses objectifs (chantiers de jeunes, insertion, animation) et d’engager des travaux de rénovation. Cette convention prévoyait également que des jeunes de la SLEA puissent être accueillis sur le site ou sur des chantiers d’adolescents organisés par l’association.
Suite à une visite du site par la Direction départementale du travail et de l’emploi, et l’intérêt manifesté par rapport au projet, l’ADCAVL a pu organiser l’accueil de jeunes dans le cadre des Stages préparatoires à l’emploi, dispositif en vigueur à l’époque. Le château et les travaux en cours constituaient ainsi un support dynamique pour ce genre de dispositif et pour l’association un apport financier complémentaire au financement apporté par la Direction Sociale du Département au titre de la jeunesse pour le fonctionnement
1ère incidence sur le fonctionnement de l’association : qualification en matière de savoir-faire : sensibilisation au patrimoine, aux métiers de la rénovation.
Le volet « chantier » de l’association, jusque là réservé aux échanges internationaux (à l’exception d’une expérience de chantier permanent au monastère de Sainte Croix au titre des « Contrats Jeunes Volontaires »), amorce une évolution :
- spécialisation,
- ouverture sur une dimension plus sociale, l’insertion,
- élargissement de l’offre auprès des Collectivités locales en matière de chantiers (internationaux et/ou d’insertion sociale et professionnelle).
Stages préparatoires à l’emploi + soutien du Département + chantiers internationaux, vont permettre l’embauche d’une personne salariée chargée de l’organisation de la vie au château et de la coordination des chantiers dits « extérieurs ».
2ème incidence : Les mois passent, la vie s’organise, le volet « animation et vie locale » va prendre corps, notamment avec l’arrivée en remplacement de la responsable, de Wannes MELSEN, belge côté flamand, embauché suite à une année de bénévolat au centre de Sainte- Croix et un séjour de plusieurs mois en Allemagne.
« Branché théâtre » et homme orchestre, le château va prendre de nouvelles directions. L’attractivité produit ses effets, les habitants du canton et notamment du Poët Célard sont sensibles à ce qui s’y passe. En été parfois , les touristes de proximité râlent un peu d’entendre les brouettes à moteurs et autres machines type Bobcat à l’heure de la sieste…..mais l’ADCAVL s’adapte et lesdits touristes lui en sauront gré.
A quelques kilomètres de là, du côté de Félines sur Rimandoule, un homme, forgeron de son état, mime et conteur entre l’enclume et le marteau, se dit que ce château serait un lieu idéal pour y développer un centre culturel….. et pourquoi pas en lien (au hasard), avec le conte. Ne sachant plus d’où avait jailli l’étincelle, de l’enclume, du marteau ou du cerveau…il s’en fut gaillardement voir Madame la conseillère du canton pour lui en conter ou mimer l’idée, quant à elle, elle prit l’attache du Président de l’ADCAVL de l’époque, André ARNERA , lequel s’enquit de l’avis de Wannes MELSEN.
C’est ainsi que se forgent les idées et qu’au cours de l’été 1989 le « pays de Bourdeaux » et le château vivaient la première édition du festival du geste et de la parole, une production ADCAVL entourée de bénévoles locaux.
Ainsi s’épanouit l’ADCAVL au château, les lettres de son sigle peu poétiques prennent du sens et de « l’interactivité ». Le lieu s’imprègne d’un ensemble associant insertion, animation culturelle, échanges internationaux, vie locale, il incarne l’esprit qui anime l’association.
« Le Foyer des Artistes » s’installe dans les salles voûtées. L’Europe s’y installe aussi par le biais d’un « Eck Bank » et de vaisselle venus d’outre-rhin, tandis qu’un vieux comptoir de bar romanais vinait utilement agrémenter le lieu. Repas, concerts, théâtre, conférences, contes et rencontres succèderont tout au long de l’année.
« les Loges » dotées de quelques chambres, d’une grande salle, d’une cuisine équipée vont aussi permettre d’accueillir stages et sessions.
La vie au château est donc relativement intense et marquera fortement l’évolution de l’association. Les chantiers internationaux vont vivre des évolutions, associant travail volontaire et stage de découverte….volontariat et tourisme associatif inspirent le processus assaisonné de développement local (notion chère au président de l’époque…. et chère au Directeur d’aujourd’hui !).
A cette époque, il y a de l’embauche à l’ADCAVL… et des savoir-faire nouveaux. Ainsi, un des premiers chantiers nouvelle formule au château, associera un stage sculpture sur pierre, animé par Francis HENNETIN, homme de sculpture et passionné par le patrimoine, vieille connaissance de Michel TILLARD, premier artisan de la remise en valeur du château, et tous deux forts d’une culture commune forgée au contact de « Vercheny », haut lieu drômois de l’éducation, de la formation et de l’accueil familial. Entre parenthèses, le ton avait été donné par un certain Edouard BONI, de la même veine et cofondateur de l’AD….
Une dose de vieilles pierres, une dose d’expérience éducative, une dose d’esprit créatif, le tout pimenté d’enthousiasme, de convictions, de chaux, de sable, mijoté dans une marmite en forme de bétonnière (ça tourne tout seul, ça n’attache pas….par contre on s’y attache) et persillé de bonnes relations institutionnelles, voilà ce que fut la recette qui nourrit la deuxième jeunesse de l’ADCAVL, la faisant passer de l’adolescence à l’âge adulte.
Un autre exemple parmi d’autres : un polyglotte passant par là (au château), prit langue avec les responsables de l’association car malgré 11 langues parlées couramment mais des diplômes passés à l’étranger, il se trouvait au chômage. Un « contrat aidé » aidant, le voilà associé à l’équipe et quelques temps après animant un chantier international avec « conversation française » eu guise de stage.
Tout cela pour dire que la richesse de l’association et du château s’est faite avec celles et ceux qui passant par là et voyant de la lumière se sont arrêtés.
Au fil des ans, le statut de l’ADCAVL au château va évoluer. La SLEA déplore l’arrêt des chantiers d’adolescents dans lesquels elle pouvait envoyer des jeunes de ses établissements. En effet, la convention ADCAVL – SLEA prévoyait la possibilité d’un accueil de jeunes au château dans le cadre d’une « mise au vert ». Il s’ensuivra la création d’une association regroupant SLEA et ADACVL ; résultat peu probant dans la mesure où les tentatives par ce biais de résoudre l’accueil de jeunes de la SLEA n’ont pas été suivies d’effet véritable. Fin de l’association et mise à disposition sous forme de bail locatif, ce jusque fin 2006.
Deux grands évènements (au succès incontestable) vont marquer le château, l’association, le Pays de Bourdeaux, les esprits……..
- « Poët les Bains » en 2001
Figure 6b: affiche de "Poët sur Mer" (1999)
……….. et les finances de l’ADCAVL ! Poët sur mer, un village de moyenne montagne transformé en village de bord de mer à marée basse, une trésorerie dans le même état et sur laquelle la cure thermale prescrite deux ans plus tard à certes, eu des effets……mais quels effets !
Panique à bord, alerte rouge, audit financier qui montra que ce type d’évènements associés aux autres activités du château équilibrait le fonctionnement du site mais imposait à l’association un équilibre trésoriel à hauteur des profondeurs de la mer….ce qui, en l’occurrence n’était pas le cas
Ainsi, en 2003, c’est tous feux éteints que le château sortait de l’hiver et entrait dans une traversée du désert, anticipant peut-être sur le réchauffement de la planète, mais au grand désespoir du Pays, de l’association, de ses acteurs administrateurs et permanents. Et pour certains d’entre ces derniers une procédure de licenciements économiques.
Tandis que l’ADCAVL vendait les meubles (roulottes, matériel culturel,…), le festival du conte passait la main à une nouvelle association locale, « les nouvelles du conte » .
Les activités ci avant énoncées donnent un éclairage de ce que fut la vie au château jusque fin 2002, expriment sa réalité, la réalité des objectifs de l’association : accueil, animation, vie locale, travail volontaire, échanges internationaux, insertion sociale et professionnelle.
le contexte local
- le canton ou « Pays de Bourdeaux »
- Le Val de Drôme (voir diagnostic CTEF) un cadre de vie riche, un contexte associatif fort, une activité importante au plan arts plastiques, musique,…
- Des équipements culturels (cinéma, médiathèque,…)
Le château est donc l’expression même de l’association dans la globalité de son action et de ses objectifs :
- Accueil,
- Animation,
- Echanges internationaux,
- Insertion sociale et professionnelle
Il est également un « lieu d’expérimentation » en particulier au niveau - des premiers chantiers de rénovation (calades, remparts, arases des murs,
- de l’insertion sociale et professionnelle (avec l’appui à l’époque de la DDTEFP et du Conseil général)
- de l’action culturelle : Production du festival « LE GESTE ET LA PAROLE » au Pays de Bourdeaux, transformé par la suite en « Nouvelles du Conte ». (Ce festival est aujourd’hui autonome et produit par une association locale), Manifestations d’envergure : Poët-sur-Mer et Poët-les-Bains.
- d’une action associant « économie locale » et échanges européens dans le cadre d’un programme Leader qui a abouti à l’organisation d’échanges avec l’Allemagne (région Burgwald – chantiers, ventes produits du terroir à Bourdeaux et à l’occasion de la « Burgwald Messe » en automne). Aujourd’hui un grand projet de sentiers des huguenots allant du Poët Laval à l’Allemagne est en projet, repris par un autre programme leader et géré par les com.com du Val de Drôme et du Diois).
- de l’évolution des chantiers internationaux de jeunes.
Le projet du château du Poët Célard de par son histoire « ADCAVL » et en s’appuyant sur la réalité du site, de sa propre histoire et évolution dans le temps, doit se construire dans cette dynamique d’objectifs et d’expérimentation.
Associer innovation, soutien aux initiatives locales d’animation et de développement de nos territoires, épanouissement des actions de l’ADCAVL. Etre aussi un support pour toute initiative rencontrant l’esprit qui anime l’association. Etre un outil pour l’association et l’être aussi pour tout ce qui concerne la vie locale, l’action culturelle, l’expérimentation dans les domaines de l’environnement, de l’économie sociale, du patrimoine, du tourisme,…..
La réflexion autour du projet « architectural » prenant en compte à la fois la réalité du site (son histoire) ,la réalité de l’action et de l’histoire de l’ADACVL seront des atouts forts en terme d’imagination du futur du château.
quelques images saisies pendant les travaux de mai 2007

Figure 7 : André Arnera, à l’occasion de son anniversaire fêté sous la voûte de « la baronne », reçoit le titre de citoyen d’honneur de la commune, des mains du maire du Poët-Célard Jean-Louis Hilaire
Figure 8 : Anne Muller et Francis Hennetin, dans les fourrés au pied du castrum, en tout bien tout honneur
Figure 9 :Bernard Dufour prend des risques pour révéler le tracé d’un décor sur le mur du comble au-dessus de la salle 2 du logis A.
3) Les derniers poëterots parlent :
entretien avec Paulette et Daniel Berger
De leur fenêtre, Monsieur et Madame Daniel et Paulette Berger, mémoires vivantes, fidèles et pour tout dire rarissimes du Poët-Célard, voient chaque matin le front sud-est du château. J’imagine 27 000 matins qui dessinent chacune des pierres ou les noient dans la brume. J’ai envie de savoir ce que le château représente pour le village, de quelle narration il est le support, quelle a été la vie de ces maisons, aux volets si souvent clos, enroulées autour de la ruine.
 Figure 9b: le cimetière et la maison de M. et Mme Berger vus depuis le château (juillet 2007)
Figure 10 :la vue sur le village et le château depuis la maison de M. et Mme Berger, à gauche l’entrée du cimetière, un peu plus loin du même côté le lavoir, et au fond on distingue la voûte d’entrée du village.
La première fois que nous venons les visiter[2], début mai, nous sommes trois à être accueillis dans la maison au-dessus du petit cimetière catholique du Poët-Célard, un tout petit peu à l’écart, suffisamment pour que les Berger ne soient pas « dans » le village. Elle est massive, perpendiculaire à la rue, en face des granges étables un peu à l’abandon alors que la cour des Berger, comme l’habitation, est superbement fleurie et entretenue.
Un petit sas d’entrée ouvre, à droite, sur la cuisine. Grande table, fauteuils, une armoire basse à deux portes, une commode-pétrin. La grande cheminée à feu ouvert sur le mur côté rue, un petit feu y fume, la crémaillère y pend…
La pièce est couverte d’une voûte, les fenêtres font apparaître l’épaisseur des murs. M. Berger me dit que les maçons qu’il reçoit ici lui disent « surtout ne me demande jamais de percer une nouvelle fenêtre dans ta maison ». En fait, tout le rez-de-chaussée est couvert de la même voûte.
Figure 11 : Mme et M. Berger devant la cheminée, toujours en usage, de leur maison.
C’était dit-on la chapelle Notre-Dame[3], peut-être la plus ancienne du village, peut-être plus vieille que le château, appelée aussi la « maison des demoiselles ». Ici se retiraient les filles des seigneurs du château qui restaient célibataires. Il y avait une telle maison des demoiselles aussi à Bourdeaux, plus récente. Le père de M. Berger « avait des archives » disparues pendant la guerre.
Figure 12 : cadastre napoléonien (1827, assemblage de l’auteur) : le périmètre du village et, à l’extérieur, l’ancien domaine seigneurial de Notre-Dame.
Nous présentons l’objet de l’entretien. Ils sont l’ultime mémoire du village et avant d’aborder une nouvelle phase de la renaissance du château, nous aimerions bien savoir ce qu’ils savent, eux, du château ; à travers cette enquête, nous voulons collecter des informations sur le site et sur la façon dont les gens du village l’utilisaient et lui donnaient parole. Je reverrai les époux Berger une nouvelle fois un mois et demi plus tard, tout seul cette fois-ci.
Madame Berger a 83 ans, son mari 78 ans (en 2007).
Le château ? Ils l’ont toujours vu en ruines. Ils ont déjà raconté à Jean-Louis Hilaire ce qu’ils en savent. Daniel Berger :son plus ancien souvenir est celui que lui a transmissa grand mère:
« Une quarantaine de personnes habitaient au château vers 1850 Un des derniers habitants aurait été le curé Soubeyre, enterré au cimetière du village[4], qui célébrait la messe pour les catholiques dans la chapelle du château. »
Ah, s’ils avaient écouté leurs grands parents qui voulaient tout le temps en parler. « Ils nous énervaient avec leurs histoires ».
Paulette Berger :
« Quand on était gamins, (donc vers 1930) on allait y jouer. Je me rappelle juste un immense trou à gauche du portail d’entrée sous la voûte. On y jetait des cailloux dont on n’entendait pas le bruit lorsqu’ils rencontraient le fond. On l’appelait le trou perdu. A gauche, on jetait les morts, les prisonniers, c’étaient les oubliettes.
Vous rappelez vous ce qu’il y avait, une fois passée la voûte aux oubliettes et au puits sans fond ?
Au-delà, il y avait une salle voûtée qui s’est effondrée plus tard, puis le grand bâtiment que nous appelons « la baronne » avec sa grande salle voûtée faisant étable, au-dessus de laquelle on entreposait le fourrage pour les bêtes.
L’église était en très mauvais état. On y voyait les inscriptions des gens qui étaient enterrés là. C’est d’ailleurs vos chantiers qui ont déterré les cadavres.[5]
Pour le moment nous ne nous rappelons pas d’autre chose, cela fait longtemps que nos jambes ne nous permettent plus de monter là haut, vingt ans pour être précis, c’était pour une remise de médaille en 1987.
Emile Jourdan, agriculteur et secrétaire de mairie, a acheté le château en 1914, qui devait être en assez bon état. Pour en tirer le maximum –en fait, il était intéressé par les terres cultivables qui se trouvent dans l’enceinte du château- il l’a dépecé. Pendant la guerre, ils ont fini de démolir les toitures, et plus tard encore M. Morin de Poët-Laval est venu chercher les belles pierres sculptées des cheminées pour la restauration de l’Hospitalet.
Puis Emile Jourdan a revendu les ruines au comte Eric Diesbach de Belleroche, de Bruxelles. Le comte s’était promené par là, il a eu le coup de cœur pour le château, l’affaire a été faite par un notaire de Nyons. Cela a du se passer vers 1953, le père Jourdan était alors âgé de 80 ans, trop vieux pour aller à Nyons, il m’a demandé de m’en occuper. Le comte avait le projet de sauver et de restaurer le château avec Arnoux le maçon, mais on lui a fait des difficultés.
M. Jourdan n’avait pas d’attelage, ce qui était le cas d’autres paysans aussi[6]. C’est pourquoi mon père, qui avait des bœufs, travaillait avec lui pour cultiver le champ devant la chapelle. Quatre personnes étaient nécessaires pour monter là haut, car il n’y avait qu’un seul accès, celui par le portail voûté : une personne faisait monter les bœufs, 2 portaient la charrue à bras d’homme, et une le joug.
Les bœufs étaient ferrés à Bourdeaux, où il y avait trois maréchaux-ferrants, le forgeron du village ne faisait pas ce travail. Les derniers bœufs ? C’est dans la décennie 1960. M. Berger possède un Massey-Ferguson acheté en 1967, toujours en état de marche.
Chaque maison avait son lopin de jardin potager autour du château. Tout était cultivé. L’eau des sources était captée dans des réservoirs, et de là était alimenté le lavoir où les femmes allaient battre et brosser le linge.
Figure 13 :le lavoir et la voûte d’entrée du village
La même conduite desservait quelques dizaines de mètres plus bas un robinet, qui est sous la voûte d’entrée du village. Là, les gens remplissaient deux lourds arrosoirs pour les grimper –les charrier- sur les lopins et arroser leurs plantations. Il fallait savoir économiser. Aujourd’hui, qui pourrait s’occuper de ces jardins? Quand les résidents secondaires viennent au village, ils ont à peine le temps de nettoyer autour de leur maison.

Figure 14 : sous la voûte d’entrée du village, la niche et le « fameux » robinet auquel chacun prenait son eau pour arroser son lopin autour du château
La maison des poëterots
Il y a vingt ans, on croyait que tout le village allait s’effondrer ; il n’y avait plus une église en activité. Finalement, les maisons ont quand même été retapées. Il reste trois familles à demeure, Chavagnac, Mallet et nous qui sommes à l’extérieur. Une quinzaine de maisons sont maintenant des résidences secondaires qui appartiennent aux héritiers de gens qui sont partis du village. Leurs enfants et petits-enfants reviennent, parfois tous les week-ends, par exemple comme notre fils qui a hérité d’une maison que Daniel tenait de ses grands-parents au village ; il vient de Valence, où il habite et travaille, tous les week-ends. Quelques vieilles familles restent ainsi représentées, Julian, Chavagnac, Jourdan, Roche, Boucher, Mallet , Berger…Les autres maisons ont été achetées par des gens d’ailleurs, qui avaient l’une ou l’autre connaissance au pays.
Les maisons n’étaient pas toutes pareilles, selon qu’elles étaient de plein pied ou à étage.
Dans le cas de maison à étage, on trouve la cave et l’étable en bas, la cuisine en haut, et au-dessus une ou des chambres –pas beaucoup, au maximum deux ou trois- On rentrait directement dans la cuisine. La soupe pour les gens pendait à la crémaillère de la cheminée, de même que celle pour les animaux, poules et cochons : leur pâtée était faite des épluchures, de betteraves, pommes de terre, farine, seigle, orge. Le potager subsiste dans la cheminée de M. et Mme Berger : c’est une niche fermée par un volet à claire-voie, équipé de deux étagères. Dans la base de la niche étaient pratiqués deux trous dans lesquels on mettait les braises prélevées dans la cheminée. On pouvait trouver aussi dans la cheminée une cuisinière en fonte à feu continu, mais on ne les allumait que pour préparer les bons repas.
La base alimentaire était faite de pommes de terre, de lait de vache et de chèvre –ces dernières étaient contrairement aux vaches présentes dans toutes les fermes-, des œufs, beaucoup de légumes, du lapin , du cochon.
Les premiers sanitaires remontent à 1960. Auparavant les seaux hygiéniques étaient déversés sur les tas de fumier, en plein village, vous imaginez.
A un certain moment, le village comptait 27 exploitations, mettons une trentaine avec les petites de trois hectares ou moins, 27 environ qui bénéficiaient de l’ISM, indemnité spéciale de montagne.
Un enfant restait sur la ferme. Il n’y avait pas d’ordre d’âge, celui qui reprenait la ferme n’était pas le plus doué pour les études. Il devait être robuste. Et on ne lui demandait pas son avis. Quand tous les enfants restaient au village, ceux qui ne reprenaient pas la ferme devenaient ouvriers agricoles payés à la journée, avant les mutuelles on pouvait s’assurer pour 50 ou 100 journées occasionnelles. On se demande comment les gens pouvaient arriver à vivre et à élever des enfants, mais ils y parvenaient.
La transmission de la ferme se faisait au moment du décès, ou du vivant des parents à un âge très avancé quand vraiment ils ne pouvaient plus travailler. Les héritiers se débrouillaient entre eux au moment du partage, les fermes ne valaient pas grand-chose, donc le poids à porter pour le repreneur n’était pas lourd, d’autant plus que les gens ne s’endettaient pas : tout le travail était manuel, il n’y avait pas besoin de crédits d’équipements.
Mais, déjà pour notre génération, on nous disait : « vous n’êtes pas obligés de rester ».
« Les gens faisaient du revenu de tout »
Il y avait beaucoup de noyers, aussi l’on se réunissait entre voisins pour casser les noix, à la lumière de la lampe à alcool à brûler, jusqu’à des une heure du matin. L’électricité n’est arrivée qu’en 1937. On se racontait des histoires, on jouait, on se faisait un bon réveillon de caillettes, pâté, châtaignes, fromages, tartes. Les cerneaux étaient triés en trois qualités : les « arlequins » (jaunes tachetés), les « jambes », et enfin les miettes et déchets avec lesquels on allait faire de l’huile à Saou ou aux Tonils .Pendant la guerre, on avait construit en cachette un pressoir à huile pour faire de l’huile clandestinement la nuit.
Quand on dit aux petits enfants comment on faisait le fourrage, ils n’arrivent pas à le croire. Tout était fait à bras. On préparait la fauche à la faux, puis on passait la faucheuse mécanique tractée par le couple de bœufs. Ensuite, toujours avec les bœufs, nous passions la rateleuse qui faisait les endains –nous appelons cette opération « amarrer », du nom des endains chez nous, les « marres »-. Nous retournions ces marres à la fourche pour parfaire le séchage, nous en faisions des petits tas, les « cluches », qui correspondent à une « fourchée », et enfin les chargions sur la charrette à bœufs.
A la ferme, le fourrage était entreposé à l’extérieur, en « fenier ». Pour construire un fenier, on dresse un mat, c’est assez haut, 7 à 8 mètres, autour du quel on aménage une plate forme circulaire avec des pierres, des morceaux de bois, pour isoler le fourrage de l’humidité. On entasse le fourrage de façon concentrique, en commençant par le milieu : le fourrage doit être très tassé. Par contre, les rangs extérieurs sont plus aérés, de façon à ce que les tiges s’affaissent vers l’extérieur et permettent ainsi l’écoulement de l’eau de pluie. Un tel fenier, construit en cône, permettrait de conserver le fourrage à l’extérieur pendant deux ans, mais évidemment on s’en servait avant.

Figure 15 : feniers au Poët-Célard vers 1920
Quand le grenier à foin était vide, on le remplissait en prélevant sur le fenier. Dans le plancher du grenier à foin étaient ménagés des trous, qui permettaient de déverser dans le râtelier de l’étable, devant chaque vache, sa ration de fourrage.
Les prairies permanentes étaient sur les terrains en pente, malaisés à cultiver.
Les chèvres étaient alimentées en fagots. Pour une ferme on préparait de 700 a 2000 fagots de branches et feuilles, coupes et liées vertes, entreposées pour l’hiver, les feuilles de chêne et de fayard tenaient bien[7]. Les branches trop grosses, les restes non mangés par les bêtes , servaient à la cheminée ou au four à pain.
Une petite exploitation de 5 ou 6 hectares pouvait avoir deux vaches. Notre exploitation, initialement de 13 hectares, comptait huit vaches, qui produisaient dix litres de lait chacune. En fait, l’élevage des vaches, qui a remplacé celui des moutons, moins rentable, s’est répandu avec la coopérative laitière.
Qu’en est-il de la culture ? L’assolement débute par quatre années successives de luzerne, la dernière année étant déjà semée dans la céréale. Les céréales d’automne étaient le blé, l’avoine, le seigle, l’épeautre pour le gruau[8]. Seul l’orge était semée au printemps.
La luzerne était coupée trois fois, la dernière coupe d’ailleurs pas toujours évidente. De celle-ci, en la faisant alterner avec des couches de paille, l’on faisait une meule de pâture. La deuxième coupe était celle de la luzerne grainée, après floraison : elle était battue sur l’aire, les graines de luzerne se vendaient cher, c’était un bon revenu.
Avant l’arrivée de la moissonneuse lieuse, on liait après la fauche les gerbes en tirant une poignée de tiges et en la nouant. On ne se servait pas de ficelles ou de liens de paille préparés à l’avance. Ces gerbes étaient réunies en gerbiers, des cônes de 20 gerbes, pour préparer leur chargement sur la charrette. Celle-ci était déchargée sur l’aire du Poët (prononcer l’aire du Poi), qui se trouvait avant de monter au château , et entassée en une grosse gerbière de plan circulaire (il me semble que cette information concerne une période ancienne à battage manuel, puisque par ailleurs M. et Mme Berger me disent que chaque paysan avait son aire, avec sa propre gerbière de plan circulaire, sauf pour les grosses fermes où elle était de plan ovale).
Le battage commençait le 20 juillet, jusqu’en septembre, au Poët on battait en août.
Les batteurs passaient de ferme en ferme, avec tracteur, batteuse, botteleuse et plus tard presse. Comment cela se passait avant la motorisation, nous nous le rappelons à peine. Pendant le battage, les femmes n’avaient pas beau temps. Elles faisaient la cuisine, pour le (petit) déjeuner, le midi, le goûter, le souper, et il fallait passer régulièrement pour donner à boire. Le battage ne durait même pas la journée dans les petites exploitations, chez les autres une aire pouvait faire 100 balles (sacs de cent kilos). Il fallait s’entraider.
L’équipe de battage comprenait cinq personnes : l’engreneur, deux personnes à la presse, une personne à la sortie du grain, le chef qui remplaçait l’un ou l’autre à son poste. Comme il pouvait y avoir de la triche, et que certains avaient un double compte, un réel pour eux et un pour la coopérative, il y avait parfois aussi un peseur. La coopérative regroupait de 50 à 60 coopérateurs sur le Poët, Félines, Mornans, un peu Bourdeaux. La coopérative a acheté une moissonneuse batteuse, la première de la région, ce qui a mis fin au battage à domicile. Puis chacun a acheté son propre matériel. Les archives de la coopérative ont été déposées à la mairie.
Il y a eu un seul vrai accident, mais il était terrible. L’homme s’ait fait arracher le bras par la batteuse. Le seul téléphone du village en ce temps là était la cabine, M. Berger y a cavalé pour prévenir le médecin pendant que tout le monde tombait dans les pommes sur les lieux de l’accident, sauf deux anciens combattants de 14-18 qui en avaient vu d’autres . La gnôle circulait pour tenir le coup, le médecin lui même était blanc comme un linge.
On l’a dit, la commercialisation du lait et des céréales ont pu s’organiser et se développer grâce à la coopérative. Les autres productions étaient écoulées par l’épicier-coquetier dont le rôle était très important. Ambulant, il fournissait les femmes du village des denrées que la ferme ne pouvait pas produire. En contrepartie, il leur achetait leurs produits. Ici, au Poët, il y avait deux épiciers coquetiers, et celui de Dieulefit passait aussi. La femme de l’épicier coquetier tenait la boutique. Ainsi au Poët il y avait une épicerie qui faisait, café, bureau de tabac, et même hôtel puisqu’il y avait deux ou trois chambres pour pensionnaires. L’homme faisait la tournée, une fois par semaine, le jeudi. Il ramassait les œufs –chacun avait sa trentaine de poules qui picoraient en liberté-, les fruits, les poulets, le beurre baratté, les chevreaux, le tilleul, les asperges et légumes précoces, les tomes.
Les tomes –grasses ou sèches- sont des fromages frais sortis de la faisselle après quelques jours.
Les picodons sont conservés dans des biches, emballés de noyer, de buis. M. et Mme Berger font l’éloge des picodons de leurs grands-mères respectives. L’une emballait les picodons dans des feuilles de vignes, c’était tout un art. Parfois on retrouvait après un certain temps des picodons oubliés dans le fond de la biche. Ils emportaient la gueule.
Avec la tome, la femme du coquetier faisait des picodons toute les semaines, qu’elle vendait à Montélimar. Son fils a monté une usine.
On ne manquait pas de nourriture, même pendant la guerre on n’a pas souffert. Il y avait un moulin à Bourdeaux, on faisait le pain –jusqu’à 15 miches en une fournée- dans nos fours en se passant le levain de ferme en ferme : il était ainsi juste à point, pas trop vieux, pas trop frais. C’était du boulot.
On profitait de la chaleur du four pour y faire des gratins et des tartes. On y faisait sécher des quartiers de carnes, cette variété de poires que l’on peut bien conserver, des pruneaux.
Quel était le calendrier des grandes fêtes ? C’est essentiellement Noël, les gens faisaient une veillée, un repas de dinde, canard ou oie, tellement de tartes qu’on en avait pour quinze jours. A Pâques on tuait le chevreau et on faisait des beignets, un peu comme les bugnes lyonnaises en plus craquant, que l’on servait avec des œufs à la neige puisque les poules ont recommencé à pondre. Les coutumes du printemps, c’était perdu, c’était encore plus vieux que nous. Une fois, c’était la dernière année où ils l’ont fait, on a vu les jeunes passer masqués, ramasser des œufs de ferme en ferme. Et il n’y avait pas vraiment de feu de la St Jean, même s’il nous semble que de ci, de là des petits feux étaient allumés.
Le pays était majoritairement protestant. Il y avait quand même un curé à Bourdeaux.
A part Noël et Pâques, il y a les ripailles des moissons, ou quand on tuait le cochon et mangeait le boudin. Du cochon, on faisait jusqu’à 100 pots de conserves, des caillettes, des pâtés et rôtis. La lards était salé, puis se conservait pendu. Le jambon était cuit, puis fumé, c’ait la seule viande fumée. Les os étaient salés et conservés dans des « biches », on les gardait pour la soupe. Les œufs n’étaient pas conservés, la ponte ne s’interrompant qu’entre Noël et Février.
La vie communautaire s’exprime dans les veillées, l’entraide pour les travaux agricoles et l’échange des services entre ceux qui ont un attelage et ceux qui n’en ont pas. Les rythmes démographiques sont perçus à travers l’effectif de l’école : Mme Berger jusqu’en 1938, a connu un effectif de 40 à 45 élèves en deux classes dont un cours complémentaire pour ceux qui avaient le niveau du certificat d’études avant 14 ans, un effectif qui se réduit jusqu’à constituer une classe unique avec un seul instituteur. L’appartenance à la communauté du village est renforcée par les assurances., tous les paysans étant à la Mutualité sociale agricole qui avait un agent par village, assurant le contact avec les gens, poste confondu avec le secrétariat de mairie car les gens n’étaient pas forts pour remplir les imprimés.
Le village se défend contre l’étiolement des symboles de ce qu’il fut. A un moment donné, M. D. veut acheter l’église désaffectée, et c’en est trop. Mme Berger, accompagnée de tout le village, organise des fêtes, des jeux de boules, tout ce qui pouvait faire gagner de l’argent pour sauver l’église et la garder dans les mains de la collectivité.
Les conditions générales, on l’a vu, changent dans les années 1960, et les petites exploitations, pour survivre, se lancent dans l’aviculture, en commençant par les pintades et poules pondeuses, plus tard les poulets de chair. Les Berger ont commencé en 1962 par trois « bandes » ou « cabanes » de 1200 pintades… Cela paraissait beaucoup. Mais tout est allé très vite, et peu après, on est passé à 10 000 pintades par bande. Un certain temps, il y a eu 6 élevages de pintades.
En même temps, la surface exploitée a diminué. L’exploitation des Berger passe ainsi des 13 hectares initiaux à 8 ou 9 hectares, les terrains en pente étant progressivement délaissés.
La collecte d’informations se termine pour cette fois-ci.
Il n’y avait pas grand-chose à dire du château , murs dépecés dont l’existence ne tient à l’ADACVL, car les autres, les Poëterots qui y avaient des souvenirs et des attaches ne sont plus là pour les conter.
D’une certaine façon, le château n’existe dans ce XXe siècle qu’en creux, par son silence, il ne compte guère même s’il donne son identité visuelle à un village dont M. et Mme Berger nous ont livré des échos lointains et heureux, car il n’y a aucune tristesse ni complainte dans leur récit.
« Tout ça, ce ne sont que de bons souvenirs » dit Madame Berger.
De quel village ont-ils témoigné ? Ce Poët-Célard là paraît intemporel, les époux Berger nous décrivant une communauté solidaire fondée sur une économie vivrière de montagne, à laquelle seuls la coopérative, puis l’élevage industriel, vont assurer de nouveaux débouchés, préservant le terroir du retour à la friche. Ce village là était déjà bien différent de celui dont auraient pu leur parler leurs parents et grands parents. Non pas que l’économie, ou du moins les productions vivrières, devaient en être si différentes que cela. Non pas que les progrès techniques aient précipité la mutation de la société locale, comme ce fut le cas en d’autres lieux, du moins avant la décennie 1960. Le hiatus est semble-t-il, surtout démographique. Les époux Berger vivent depuis leur enfance dans un village qui avait quasiment perdu 50% de sa population dans les deux générations qui les ont précédés ; aussi, il a peut-être moins pauvrement nourri les hommes du XXe siècle que ceux qui les précédèrent. Trop peu, trop mal, trop durement, malgré tout.
C’est le temps où les parents ont commencé à dire à leurs enfants « vous n’êtes pas obligés de rester ».
4) les principales données historiques
1. Les données politiques et religieuses
Un point très complet a été fait par Jean-Noël Couriol (cf biblio) sur l’histoire du Poët-Célard, nous lui empruntons les éléments qui nous paraissent pouvoir éclairer l’histoire du château et du village-centre qui lui est lié. Sauf mention spéciale, toutes les informations reprises ici sont issues de l’ouvrage de Jean-Noël Couriol.
A)L’édifice cultuel intra muros du château : église paroissiale, chapelle castrale, temple ?
Le château est mentionné pour la 1ère fois (castrum) en 1278. La première mention d’un curé est simultanée (1278) mais ne dit pas si l’église paroissiale était Sainte-Foy –dans le château intra muros- ou Notre-Dame dans un domaine extra muros du village.
Selon Couriol, Notre-Dame pourrait être une église mère, du fait de sa situation, de sa dédicace à la Vierge, du cimetière, donc une église antérieure à l’encastellement. Notre-Dame n’est citée expressément qu’au début du XVIe siècle à l’occasion des obsèques en grande pompe de la châtelaine et en 1509 on cite son cimetière. C’est dans la même année que Sainte-Foy est citée comme église paroissiale. On est donc face à une situation étrange, une église castrale paroissiale d’une part, et une église et cimetière hors village. Il est vraisemblable que Sainte-Foy soit une église conséquente de l’encastellement de la population.
Le seigneur Raymond Blain déclare en 1562,devant notaire, vouloir vivre selon la pure doctrine réformée et l’évangile. On peut supposer qu’à ce moment là, Sainte-Foy n’est plus affectée au culte catholique. Elle redevient église paroissiale catholique en 1620. Cette année là, les huguenots sont privés de lieu de culte par Louis de Marcel-Blaïn qui a abjuré, ils aménagent la maison de François Rigaud en oratoire, ils s’unissent avec leurs coreligionnaires de Truinas, Félines et Mornans pour installer un pasteur.
Enfin, en 1644, Notre-Dame est devenue ou redevenue église paroissiale catholique, pour assez peu de temps puisque Sainte-Foy redevient église paroissiale au XVIIIe siècle, et au-delà jusqu’en 1862, date de construction de la nouvelle église dans le village. Cela nous permet aussi de situer l’abandon de Notre-Dame en tant que sanctuaire au XVIII e siècle, la famille noble restant propriétaire du domaine Notre-Dame jusqu’en 1830.
De ces données, il résulte plus de questions que de certitudes sur les affectations successives de Sainte-Foy, et peut résumer les unes et les autres ainsi :
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XIII e s. ?
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Création de l’église paroissiale Sainte-Foy, le cimetière restant à Notre-Dame
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1562
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Devient lieu de culte réformé ?
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1620
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Retour au culte catholique, en tant que chapelle castrale ou église paroissiale ?
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1644
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Sainte-Foy n’est pas église paroissiale, cette dernière est Notre-Dame
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XVIII-e s.- 1872
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Sainte-Foy est église paroissiale et Notre-Dame est désaffectée
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B.La maison noble
B1) périodes-clef
Comme dit plus haut le château est cité en 1278 et on constate au début du XIV e siècle des opérations d’agrandissement des possessions qui y sont rattachées (mandement de Poêt-Céard et terroir de St André).
Nous retiendrons qu’en 1376, le château change de mains et est divisé en deux, juste qu’en 1415-1417 où il est à nouveau réuni en un château unique.
La division en deux a-t-elle impacté l’organisation spatiale du château et du village ? C’est un point auquel l’analyse archéologique répondra si possible.
A partir de 1464, le fief est durablement dans les mains de la famille Blaïn.
Raymond Blaïn (cf supra) opte pour la Réforme en 1562. Les questions posées sont :
- l’impact architectural éventuel de cette option sur l’église Sainte-Foy
- les éventuels travaux de fortification qui auraient été réalisés dans le contexte des guerres de Religion. Le château est pris par le capitaine huguenot Montbrun en 1574. Une garnison de 30 hommes y est établie en 1626.
Le fils de Raymond Blaïn, Louis, est un homme de guerre remarqué et devient un grand seigneur dans le dernier quart du XVI e siècle. Quelle a été l’influence de ce soldat fortuné sur le castrum qu’il n’habitait pas ?
En effet 1595, ce Louis Blaïn « fait aussi son domicile au château Saint-André » : le castrum a donc perdu sa fonction résidentielle au milieu ou dans la deuxième moitié du XVIe siècle (le château Saint-André n’existait pas en 1540) au profit d’une magnifique résidence tournant le dos au vieux château et au village.
Il entretient un châtelain au castrum : la valeur militaire et symbolique de celui-ci est confirmée.
B2) descriptions du château
1540 : « une maison appelée château et quelques autres maisons servant à l’utilité du dit lieu ».
1796 : vente des biens de « Joseph-Antoine Marcel du Poët, émigré :
« une maison, composée de :
-au rez-de chaussée une cuisine, deux offices, un bûcher, une petite cave, une petite gloriette, trois grands appartements voûtés communiquant les uns avec les autres.
- au premier étage deux salles à cheminée, huit chambres dont deux voûtées, au-dessus une neuvième boisée, les fermetures et les planchers de ces appartements étant en général en mauvais état… il y a au surplus un cabinet voûté et dans l’escalier qui conduit au galetas un petit cabinet appelé la bibliothèque. Au-dessus dudit étage se trouvent treize galetas.
Il dépend de la maison trois écuries placées au devant de la cour avec un grenier à foin au-dessus, un petit appartement au couchant à peu de distance de la dite maison où il y a un four servant à cuire le pain du public, plus un emplacement d’environ 3 civerées, appelé le Manège où se trouve un petit jardin.
Quoique l’on puisse loger dans cette maison six petites familles au moins, par sa position et son emplacement, elle ne serait pas susceptible d’un revenu conséquent ».
C) le four banal
1540 : un four banal où tous les habitants sont tenus de cuire leur pain, à l’exception de ceux qui ont leur propre four mais doivent payer un droit de fournage.
1796 : supra, le four est mentionné
D) la cure
1790 : vente aux enchères (apparemment infructueuse) de la maison prieurale, en bon état, « contenant trois appartements, y compris la cuisine, deux petits cabinets, une cave, un grenier et une petite basse-cour ». Où se trouvait cette maison prieurale ?
1796 : vente à Jacques Arnaud de Bourdeaux de la cure attenante à l’église Sainte- Foix, bâtiment en médiocre état comportant un étage, une loge à cochon et quatre petits galetas, un jardin clos d’un mur en pierres sèches formant le demi-arpent de la ci-devant cure, complétés par un autre lot comprenant deux petits jardins, une écurie et une petite chapelle joignant le jardin curial.
Les données démographiques
La démographie du Poët-Célard peut contribuer à nous éclairer sur les étapes de transformation du château et du village-centre, étant posé que la forme actuelle de celui-ci ne doit pas varier considérablement par rapport à ce qu’elle était aussi au XVIe siècle :la plupart des façades des maisons donnant sur la rue intérieure intègrent des éléments du XVI e siècle, qui paraissent en place. Il nous semble assez logiquement, les percements donnant sur l’extérieur du bourg sont récents. Il se peut que le village ait « perdu » des maisons entre le XVIe et le XIXe siècle, vraisemblablement par absorption d’une maison par l’autre en vue de son agrandissement.
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date
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Nombre de maisons, feux ou familles
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Nombre d’habitants
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Moyenne personnes par maisonnée
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1595
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40 familles + 5 à Saint-André (soit 45 familles)
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1644
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60 familles
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1698
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204
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1700
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42 feux
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1709
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51 feux
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1730
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261
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1755
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54 feux
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196
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3,6
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1758
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51 feux
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193
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3,8
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1763
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65 familles
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1774
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50 feux
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1789
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64 feux (dont 6 dans deux hameaux soit net village centre : 58)
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320
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5
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1800
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326
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1827
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26 maisons au centre, 7 au château, soit village centre 33 maisons et en habitat dispersé 40 maisons
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1831
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