La fête du 750e anniversaire de la construction du clocher d’Obermorschwiller

Une belle semaine d’animation s’est tenue du 17 au 25 juin 2017 à Obermorschwiller, village de 400 habitants dans le Sundgau. Par rapport aux communes environnantes, son habitat ancien est remarquablement préservé. Il avait fait l’objet en 1977-1978 d’études et d’un chantier de restauration par l’association « Maisons paysannes d’Alsace » dont j’étais l’animateur. Bien plus tard, en 2012, ce fut l’un de mes terrains d’enseignement pratique  pour former des étudiants en muséologie : il reste de cet atelier une exposition de plein air, consistant en panneaux apposés devant la plupart des maisons anciennes. Une exposition démontée chaque hiver et remontée chaque été.

La fête dont il est question ci s’inscrit donc dans une assez longue histoire, en un village où notre apport a été bien reçu, cultivé et amplifié par la commune et les habitants. L’héritage architectural est ici le lieu où les descendants des vieilles familles du village et ceux qui se sont installés ici plus récemment par choix suite à un coup de foudre pour ce bel endroit, s’acceptent mutuellement, apprennent à se connaître et à construire un savoir commun.

De cet ancrage du travail dans la durée, avec un état d’esprit respectueux des lieux et des personnes, a résulté une animation de qualité. Comme le souligne avec conviction son maire Georges Riss, pas question de sacrifier ici au mercantilisme et à la facilité trop souvent de règle dans les fêtes villageoises ou fêtes de rue. On tient à l’accessibilité à tous, les animations sont gratuites. Mais au fond, cette gratuité absolue exprime un parti de respect du « patrimoine » en refusant d’en faire un alibi à un n’importe-quoi commercial. Et cela d’autant plus que le patrimoine en question est en grande partie religieux ou touchant à la foi : la Fête-Dieu (qui se tenait durant cette période) et le clocher. La Fête-Dieu a fait l’objet d’une remarquable exposition, à partir d’objets et photographies collectés auprès des familles du village et au-delà. Cette exposition, commentée par sa conceptrice Elisabeth Foltzer,  abordait de manière équilibrée, très sérieusement documentée, les dimensions théologiques, liturgiques et sociologiques de ce temps fort de la vie communautaire, resté vivant à Obermorschwiller. On aura également apprécié les développements sur la typologie et l’histoire des vêtements liturgiques présentés.

L’objet central de la Fête était le clocher. Nous l’avions étudié en 2012, le financement de la commune ayant rendu possible une analyse dendrochronologique par Christian Dormoy (Archéolabs) établissant la date de construction à 1267. C’est autour de cette date 1267 que s’organisèrent les différentes conférences de Gabrielle Claerr-Stamm, Georges Bischoff, Jacky Koch et moi-même. Les conférences de Jacky Koch (sur les techniques de construction des châteaux-forts autour de 1260) et la mienne se suivaient et se complétaient, devant un auditoire exceptionnellement attentif et prompt à intervenir. Aussi la soirée prit le tour d’un colloque improvisé, « spécialistes » et amateurs avançant leurs interprétations. Quand on songe au public parfois clairsemé et somnolent des conférences dans des grandes villes, on ne peut être qu’enchanté,  et reconnaissant à ce petit village d’avoir organisé les conditions d’un débat aussi spontané que de haute tenue.

Il en est du reste ressorti une hypothèse qui fait grandement avancer l’interprétation du monument. En 1267, cette tour, « défendue » par deux hourds, aurait pu être isolée de l’église qui aurait été un bâtiment distinct. Ce n’est qu’ultérieurement que celle-ci serait venu flanquer le clocher, qui lui aurait alors servi de chœur.

Cette fête prit pour moi une dimension imprévue et très touchante, car le maire Georges Riss me remit au cours de son inauguration le 17 juin le titre de citoyen d’honneur de la commune en précisant que j’étais le seul à être ainsi distingué. Il est coutume de dire des médailles qu’ « on ne les demande pas, on ne les refuse pas, on ne les porte pas » et je me conforme à ce précepte. Mais ici c’est autre chose, c’est le signal très positif qu’en dépit de ses lenteurs, des incompréhensions qu’il suscite, de son immense cortège de déceptions et désillusions, le travail de terrain alliant recherche scientifique, partage des connaissances et actes concrets de sauvegarde n’est pas totalement inutile : il peut susciter une adhésion profonde de la communauté dans laquelle il intervient, et à laquelle il propose un objet commun d’intérêt et de coopération.

Juin 2017



Gérard Harnist a réalisé une maquette du clocher permettant de visualiser son organisation intérieure


 

Georges Riss, maire d'Obermorschwiller, me remettant le titre de citoyen d'honneur de la commune à l'ombre des tilleuls plusieurs fois centenaires encadrant l'entrée de l'église. A l'arrière-plan de gauche à droite, Gérard Harnist, Damien Foltzer -cheville ouvrière de ce beau programme-, Nathalie Bihr.

Ma première publication sur le clocher et le cimetière fortifiés d’Obermorschwiller, publiés dans l’Annuaire de la Société d’histoire du Sundgau 2013, a fait l’objet d’une nouvelle édition sous forme d’un fascicule distinct au contenu actualisé : Marc Grodwohl. Le clocher fortifié d’Obermorschwiller. Etude historique. 1267-2017. Ed. Commune d’Obermorschwiller 2017, 32 p. 40 fig.

Liens avec d’autres articles concernant Obermorschwiller sur ce site :

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Obermorschwiller, restauration de la maison « North Jules », Pâques 1978