2026 : heureuse conclusion pour deux maisons paysannes du XVIe s.

A Wolfersdorf, la maison des demoiselles Messerlin renaît après un long silence

Pendant près de vingt ans, le devenir de l’ensemble maison et grange daté 1551-1561 à Wolfersdorf m’a grandement préoccupé. Dans ces pages, j’ai consacré un article à l’histoire et aux vicissitudes récentes de cet ensemble exceptionnel, sous le titre « l’incompréhensible abandon d’une ferme intacte depuis sa construction en 1551-1561. La maison des demoiselles Messerlin à Wolfersdorf ». En quoi cet ensemble est-il exceptionnel ?  Il est rare que la totalité d’une unité domestique d’une telle ancienneté, grange et maison, soit conservée. Il est encore plus rare qu’elle le soit en contexte chronologique. En effet, notre campagne de relevés et datations menée en 2011 a déterminé les dates 1564, 1579, 1586 pour la construction des maisons voisines.

Cette maison appartient à l’association de l’écomusée, écomusée dont j’ai démissionné de la direction en 2006. Je suis resté lié à l’ensemble de Wolfersdorf dont je me sentais responsable pour avoir été à l’origine de sa donation. Après mon départ la direction de l’écomusée n’avait rien à faire de ce patrimoine, en dépit des interventions réitérées d’un de ses administrateurs qui se proposait d’apporter un financement conséquent.  Pour ma part, je cherchais une solution, dans le désert. La maison ne cessait de se dégrader et au lieu d’être la fierté du village, en était devenue le point noir. Il a fallu vingt ans pour que la situation se débloque, en partie grâce à l’implication tenace de Christian Fuchs qui a sensibilisé les collectivités. En 2025 a été créée l’association KUS (acronyme de Krumm un stabil). A la faveur d’un heureux changement de direction à l’écomusée, l’association KUS a été autorisée à mener un premier chanter de nettoyage intérieur. En 2026, deux chantiers ont dégagé la maison de son épaisse grange de maçonnerie et de crépi. Le maire nouvellement élu Nicolas Kress a loué une nacelle et a participé très activement aux travaux de décrépissage, exprimant avec force son engagement personnel et celui en cours de la commune. A présent l’on envisage même un protection réglementaire globale du bâti ancien…

Ce qui me réjouit tout particulièrement est que l’on a fait un pas de côté par rapport au cheminement habituel en matière de conservation. En général le bâti ancien patrimonialisé est plutôt vu comme une enveloppe, à laquelle il faut à tout prix donner un contenu et une utilité pratique. C’est de bon sens, certes, mais fait trop souvent passer les intérêts archéologique, historique, ethnographique, au second plan. La recherche de fonctionnalités nouvelles entraîne systématiquement le respect de normes aussi obligatoires qu’inadaptées, renchérit le projet et finalement conduit à détruire la substance même de l’objet que l’on prétend conserver et restaurer. A Wolfersdorf l’idée est passée, au moins pour le moment, de sauver, révéler, comprendre le bâtiment plutôt que de tenter de lui coller une vocation fonctionnelle à tout prix. Lequel prix serait fatalement dissuasif pour une petite commune.

La maison Messerlin (à gauche) dans sa gangue de briques et crépi

La maison Messerlin après mise en évidence du pan de bois (septembre 2026)

L'alignement de maisons du XVIe s. : de gauche à droite, 1564, 1551,1586 (cette dernière hélas isolée par l'extérieur)

Un chantier KUS et commune de Wolfersdorf mené avec énergie et efficacité

A Reichstett, le Parc de la maison alsacienne mène à bonne fin la reconstruction de la maison de Buschwiller démontée en 2022

La maison de 1554 a trouvé dans le Parc de la maison alsacienne (Reichstett) un terrain en déclivité conforme à son implantation d'origine

La maison de 1544 d'Eckersheim fait face à celle de Buschwiller 1554

Un beau signal à l'entrée du Parc de la maison alsacienne 

L’article « Course contre la montre pour sauver une rare maison du XVIe s. à Buschwiller » relate comment cette maison condamnée à être rasée par un promoteur immobilier en fin d’année 2022 a pu en l’espace de trois semaines être étudiée et démontée, grâce à l’implication de bénévoles (qui déboucha ensuite sur la création de l’association KUS), de l’entreprise de charpente « La boîte en bois » et une souscription publique ayant rapporté la coquette somme de 30 435 euros, en l’espace de deux semaines. Soit bien davantage que la couverture des frais de démontage. Le solde positif de 14 022 euros a été transféré à l’association du Parc de la maison alsacienne (Reichstett) qui avait accepté d’accueillir la maison et s’était engagée à la reconstruire dans les meilleurs délais. L’association réussit, notamment grâce à une aide de 10 000 euros de l’ASMA (acronyme de l’Association pour la sauvegarde de la maison alsacienne) qui finança la toiture.

La modicité du coût total de l’opération, autour de 100 000 euros, laisse songeur au vu des fortunes englouties dans nombre projets publics de restauration souvent discutables. Il est vrai que Jean-Claude Kuhn, le président de l’association du parc et sa belle équipe de bénévoles, sont des rois de la débrouille et des praticiens expérimentés.

Fin 2026, soit 4 ans, la reconstruction du pan de bois est achevée et le remplissage des panneaux va bon train. Comme sur son site d’origine, la maison de Buschwiller est juchée sur un terrain en déclivité. Datée de 1554, elle fait face à celle de 1544 d’Eckwersheim. Dix ans et dix mètres séparent aujourd’hui ces deux maisons, initialement situées à 150 km l’une de l’autre.

C’est avec plaisir que nous communiquons ces bonnes nouvelles, qui démontrent que la volonté suffit. Les moyens suivent, si le projet est approprié à la nature du patrimoine et aux restrictions budgétaires présentes et à venir. Merci à tous ceux qui se sont impliqué dans ces projets et témoignent de la vitalité de la société civile.

Octobre 2026